Choisir le prénom d’un enfant est un acte poétique, une liberté précieuse pour les parents. Cependant, ce droit est encadré en France pour protéger l’enfant. La loi, principalement via l’article 57 du Code civil, pose une limite essentielle : le prénom ne doit pas être contraire à l’intérêt de l’enfant. Un officier d’état civil peut ainsi signaler un prénom qu’il juge préjudiciable, comme ceux qui seraient ridicules, grossiers, ou qui créeraient une confusion avec un nom de famille ou une marque. En cas de désaccord, c’est le Juge aux affaires familiales qui tranche. Les motifs de refus incluent souvent les prénoms de personnages de fiction caricaturaux (Titeuf), de marques (Nutella), ou des associations de mots jugées péjoratives.
La liberté de nommer : un droit poétique encadré par la loi
Offrir un prénom, c’est déposer sur le seuil d’une vie nouvelle le premier mot d’un long poème. C’est un souffle, une mélodie qui accompagnera l’enfant bien après que nos propres voix se seront tues. En France, depuis 1993, cette liberté de création est devenue la règle. Fini le temps où il fallait puiser dans le calendrier des saints et des personnages de l’histoire ancienne. Aujourd’hui, votre cœur et votre imagination sont les seules véritables sources.
Pourtant, cette liberté n’est pas un océan sans rivages. Elle est bordée par une digue bienveillante : la protection de l’enfant. L’officier d’état civil, premier témoin de ce choix, n’est pas un censeur des goûts, mais un gardien. Son rôle est de s’assurer que le prénom, ce premier vêtement d’identité, ne sera pas un fardeau trop lourd à porter.
L’ombre de l’article 57 du Code Civil
Au cœur de ce dispositif se trouve une phrase, simple et puissante, issue de l’article 57 du Code civil. Le prénom choisi par les parents ne doit pas être jugé « contraire à l’intérêt de l’enfant ». C’est là toute la subtilité. La loi ne dresse pas de liste noire, elle ne fournit pas de catalogue d’interdits. Elle offre un principe directeur, une boussole morale et juridique.
L’appréciation de cet « intérêt » est par nature subjective et évolue avec notre société. Un prénom d’une autre culture, comme certains magnifiques prénoms espagnols, qui aurait pu sembler étrange il y a un siècle, est aujourd’hui une richesse. C’est dans cet espace d’interprétation que se nouent les rares désaccords.
Quand le prénom devient un fardeau : les motifs de refus décryptés
Qu’est-ce qui peut donc transformer un prénom, né d’une intention d’amour, en un bagage potentiellement nuisible ? La jurisprudence a dessiné au fil des ans des frontières, non pour brider la créativité, mais pour préserver l’enfant des moqueries et de la confusion. Il ne s’agit pas de juger l’originalité, mais de prévenir la souffrance.
Le voile du ridicule et de la grossièreté
Le premier motif, et le plus évident, est le risque de ridicule. Il peut naître du prénom lui-même s’il est péjoratif, ou d’une association malheureuse avec le nom de famille. L’idée est d’épargner à l’enfant des années de railleries faciles qui pourraient affecter sa construction personnelle. La loi cherche ici à protéger son estime de soi future.
C’est une protection contre les choix qui, même faits avec une intention légère ou humoristique, pourraient enfermer l’enfant dans une caricature avant même qu’il ait pu définir sa propre personnalité.
L’écho des marques et des héros de fiction
Un enfant n’est pas une page de publicité. C’est pourquoi les prénoms directement issus de marques commerciales sont quasi systématiquement refusés. Appeler son enfant Nutella ou Fraise, c’est l’associer à un produit de consommation, ce qui peut porter atteinte à sa dignité. De la même manière, des noms de héros de fiction très typés, comme Titeuf, ont été rejetés car ils imposent à l’enfant une identité caricaturale et un référentiel lourd.
Il ne s’agit pas d’interdire toute référence culturelle, mais de veiller à ce que le prénom reste un prénom, et non le décalque d’une œuvre ou d’un slogan qui ne lui appartient pas.
La confusion des identités : quand le prénom se fait nom de famille
Une autre limite claire est l’usurpation d’un nom de famille. Il est interdit de donner comme prénom un nom de famille qui n’est pas également un prénom usuel. Le cas récent de Griezmann-Mbappé illustre parfaitement ce principe : un tel choix crée une confusion sur l’identité et la filiation de l’enfant. La loi protège la clarté de la généalogie.
Cette règle ne s’applique évidemment pas à des noms comme Martin ou Richard, qui sont depuis des siècles à la fois des patronymes et des prénoms ancrés dans notre histoire. Il existe même des prénoms bretons anciens qui ont traversé les âges en portant cette double casquette.
Le cheminement d’un prénom : de votre cœur à l’état civil
Le voyage d’un prénom, de l’intimité de votre foyer à son inscription officielle sur les registres, est un moment solennel. Comprendre les étapes de ce parcours peut apaiser bien des inquiétudes et transformer une potentielle confrontation en un dialogue constructif.
La déclaration : un dialogue avant tout
Lorsque vous déclarez la naissance de votre enfant, l’officier d’état civil écoute votre choix. S’il estime que le prénom choisi pourrait nuire à l’enfant, son devoir n’est pas de refuser, mais d’en informer sans délai le procureur de la République. C’est un acte de transmission, non de censure. Il est souvent possible de discuter, d’expliquer l’origine et la signification de votre choix. La communication est essentielle à ce stade.
Cette étape est une garantie pour tous : pour vous, d’être entendus, et pour la société, de s’assurer que ses plus jeunes membres sont protégés.
Et si le prénom est signalé ? Le recours auprès du Juge aux affaires familiales
Si le procureur décide de poursuivre, l’affaire est portée devant le Juge aux affaires familiales (JAF). C’est lui, et lui seul, qui a le pouvoir de rejeter un prénom. Les parents sont alors invités à présenter leur argumentation, à défendre ce mot qu’ils ont choisi avec tant de soin. Le juge prendra sa décision en pesant la liberté des parents et l’intérêt supérieur de l’enfant.
Si le prénom est finalement refusé, le juge demandera aux parents d’en choisir un nouveau. S’ils ne le font pas, il en attribuera un lui-même. Mais cette issue reste exceptionnelle. Le plus souvent, un terrain d’entente est trouvé, assurant que chaque enfant puisse porter son prénom comme une fierté, et non comme une ombre.







